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Nous sommes plusieurs paysans espagnols des régions de Murcie et de Valence.

Structurés pour certains en coopératives familiales, réunis autour d'un projet : valoriser le plus possible nos produits en circuits courts.

Nous produisons des agrumes (oranges, citrons, mandarines, pamplemousses) et d'autres fruits selon la saison (amandes, grenades, kakis)  et nous transformons certains fruits pour élaborer de l’huile d'olive, des vinaigres aromatisés, des olives en conserves, des compotes et des confitures ; ces produits sont cultivés et fabriqués avec soin sur nos fermes et ateliers. Tout en agriculture biologique.

Unissant nos forces, mutualisant nos atouts et nous structurant, nous avons mis en place un système qui nous permet de proposer nos produits via des circuits courts de commercialisation et vendons à tout un réseau de groupes de mangeurs dans le Grand Sud de la France.

La coopérative BioEspuña dont Alberto MARIN est le représentant et le gérant en France a pris en charge une grande partie de l'organisation de la commercialisation. Mais les produits proposés viennent de l'ensemble des fermes associées.

BioEspuña c'est :

 

Une  filière biologique et paysanne  qui permet de proposer des fruits et produits transformés sains, écologiques, respectueux de la nature et des humains.


Un  outil coopératif  pour des petits paysans qui peuvent mutualiser la vente, la logistique et autres, et qui permet de constituer un réseau solide de producteurs.


Une  filière équitable  qui permet à ces paysans qui respectent le vivant dans sa globalité de se rémunérer correctement.


un vecteur de développement local en France puisque BioEspuña favorise l'organisation collective des consommateurs et la réappropriation par tout un chacun des questions agricoles et alimentaires.

un fabuleux "prétexte" pour créer des synergies et des partenariats entre paysans espagnols et paysans français, en vue de mettre en place des solidarités paysannes de part et d'autre des Pyrénées : les réalités agricoles et rurales sont les mêmes malgré des contextes géographiques différents. C'est pourquoi BioEspuña mutualise volontiers l'outil créé (réseau de clients, entrepôt, tournées, etc.) avec des producteurs qui partagent la même éthique.


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  D'où vient le nom de "BioEspuña" ?

l'histoire par Alberto, paysan & gérant de BioEspuña S. Coop. (été 2017)

Pour les gens de notre région, la Montagne d'Espuña a toujours été une référence géographique importante et une sorte d'oasis au milieu de notre territoire aride typique du climat méditerranéen extrême. 

Quand j'étais petit, cet endroit était pour moi le refuge des animaux les plus intéressants et la forêt magique qui inspirait des histoires à raconter. Quand, plus grand, j'ai su son histoire, j'ai halluciné. Il s'avérait que ce massif avait été presque totalement rasé. Pendant des siècles, ses arbres ont été utilisés pour la construction de bateaux destinés au nombreuses guerres de l'Empire espagnol, comme la plupart des forêts du littoral du pays. Un véritable désastre historique.

Dans le cas de Murcie, le faut d'éliminer des arbres (de chênes pour la plupart et d'une grande diversité) sous un climat sec, conjugué au surpâturage et au prélèvement de bois de chauffage par les habitants du secteur, a provoqué une immense désertification dans cette montagne. Ce qui a eu des conséquences sur le microclimat local, aggravant les périodes de sécheresse et de pluies torrentielles. Il pleut peu dans notre région, nous le savons, mais quand il pleut, il s'agit souvent de pluies violentes, diluviennes. 

Sans les arbres dans les montagnes, lorsqu'il pleuvait, l'eau n'était pas retenue et par conséquent ne coulait pas dans les nappes phréatiques et les aquifères du territoire, et donc ne venait pas gonflé les réserves pour son usage ultérieur. Dans le même temps, sous des pluies torrentielles, la masse d'eau a généré de forts écoulements détruisant le sol fertile et provoquant de graves inondations dans d'autres secteurs de la région.

Quand à la fin du XIXème siècle la ville de Murcie subit plusieurs épisodes de fortes inondations ayant des conséquences dramatiques pour la populations, un ambitieux programme de reforestation de la Montagne d'Espuña fut décidé. Ce projet fut réalisé par un ingénieur forestier remarquable, Rocardo Codorniu, avec un main d'oeuvre locale. Son envergure fut telle qu'aujourd'hui encore il constitue un exemple de reforestation dans toute l'Espagne. Il est regrettable qu'on réagisse seulement lorsque les problèmes touchent la vie des citadins !

Aujourd'hui, la Montagne d'Espuña est un parc naturel très important dans notre région, l'écosystème forestier évolue, lentement mais sans discontinuité et apporte de plus de en plus de bénéfices à l'environnement. Il y a de bonnes réserves d'eau vis-à-vis des faibles quantités de pluie, ce qui adoucit notre climat local, et c'est un refuge d'une biodiversité incroyable. En outre, la zone attire désormais du tourisme, de manière progressive et maîtrisée, ce qui favorise la création d'emplois sur le territoire. Depuis quelques années, le Parc Naturel Régional de la "Sierra Espuña" est signataire de la Charte européenne du tourisme durable dans les espaces protégés, ce qui l'oblige à développer et à réfléchir de manière permanente au développement soutenable de ce territoire. 

Quand adolescent, j'ai lu le livre intitulé "L'homme qui plantait des arbres" de l'auteur français Jean Giono, j'ai réalisé que ce genre de choses était pleinement possible et viable. J'avais un exemple très concret devant les yeux et je ne comprenais pas pourquoi ces choses ne se faisaient pas plus, ni pourquoi il n'y avait pas la volonté politique nécessaire. Cela m'a fait espérer que malgré le mal que nous lui avons fait, nous les humains, nous pouvons encore beaucoup pour inverser la tendance de destruction de la planète. C'est possible et je le sais puisque je l'ai vu !

Ces conclusions m'ont poussé à entreprendre des études d'ingénieur forestier et à travailler dans ce domaine, mais je constatais avec désespoir le peu d'intérêt politique pour ces sujets. Plus d'investissements à long terme désormais !

Comme mes racines sont agricoles et comme j'ai grandi avec l'agroécologie, cela m'a conduit à mélanger les deux et à réfléchir sur l'importante de l'agriculture paysanne pour justement apporter des changements positifs sur notre environnement naturel. Comment susciter des changements sans que la politique ne nous empêche de le faire ? Pour ne pas dépendre de la politique cela doit venir d'initiatives individuelles, c'est-à-dire de personnes qui vivent autrement et qui créent, à travers leurs actions, des bienfaits au quotidien.

Chaque paysan qui comprend et qui aime son territoire est un noyau de résistance amenant des changements positifs dans son environnement. Il nous nourrit sans polluer notre air et notre eau, il préserve la biodiversité locale et devient un vecteur de diffusion dans sa sphère sociale de ces valeurs. 

J'ai alors compris que si le territoire se remplissait de paysans bio, les bénéfices apparaîtraient très vite, en même temps que les gens qui mangent ces produits vivraient mieux et comprendraient davantage le travail des paysans et l'importance de vivre dans un environnement sain.

J'ai donc décidé de retourner à la campagne et de devenir un de ces paysans, mais je me suis retrouvé confronté à un grand problème : la viabilité économique.  Pour n'importe quel jeune il est très difficile de s'installer, d'avoir accès à la terre (en propriété ou en location), aux outils nécessaires et surtout, une fois les terres acquises et en production après plusieurs années de travail, il est très difficile de vendre et de vivre dignement de sa production. J'étais dans cette problématique mais c'était aussi le moment de me lancer dans d'autres aventures. J'ai alors décidé avec ma famille de créer la coopérative BioEspuña. Je pense qu'avec ce texte, il est plus facile de comprendre l'origine de notre nom. 

Le défi était corsé mais simple. Nous avions besoin de devenir autonomes en créant notre propre formule pour commercialiser nos produits. Pour ne être soumis à la spéculation et aux intermédiaires qui décident à notre place. Pour que la vente de nos productions dépende directement de nous et des gens qui les consomment. Si nous réussissions, être des paysans bio bien ancrés sur le territoire et vivant dignement de ce métier serait viable.

Aujourd'hui, BioEspuña est une réalité, le projet se consolide, bien que je travaille davantage dans la logistique qu'aux vergers, mais le jour viendra où je retournerai à la terre. Tout cela existe grâce à l'équipe qui rend possibles les choses en France, à l'aide d'autres paysans et amis en France, et à toutes les initiatives de vente en circuits courts qui travaillent avec nous (AMAPs, Groupements d'Achats et autres). 

Merci à vous tous !